Plages, piscines municipales, parcs aquatiques... Le burkini est-il interdit en France ?

Le burkini, réponse à des modes de vie nouveaux

Après de longues années à se demander où elles pourraient se baigner à l'abri des regards, voir à militer pour obtenir des créneaux horaires réservés aux femmes dans certaines piscines municipales, les femmes musulmanes sont confrontées à un nouveau dilemme depuis la polémique née à l'été 2016 par la volonté du microcosme politico-médiatique : où peuvent-elles désormais se baigner dans une tenue décente, et notamment dans leur burkini, à l’heure où certains militent pour l’interdiction du maillot de bain islamique.

Le maillot de bain burkini (ou burqini, moins fréquemment utilisé en France), créé en 2004 par une styliste australo-libanaise, répond à une problématique particulièrement prégnante dans les pays de culture occidentale à forte présence musulmane : comment concilier la pudeur inhérente à la religion musulmane et les contraintes vestimentaires qui en découlent, et le désir légitime d'accéder à la baignade, dans une optique sportive ou simplement récréative. 

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Cette problématique appartient à la dernière génération de femmes musulmanes, les générations précédentes, particulièrement dans les pays d'origine, n'ayant souvent pas ce rapport à la plage et à la piscine. S'il est inconcevable aujourd'hui pour beaucoup de jeunes femmes musulmanes de partir en vacances sans profiter des plaisirs de la baignade, ce n'était pas une pratique courante pour les femmes dans les pays d'origines : autres temps, autres lieux, autres mœurs. A tout le moins, les femmes qui souhaitaient tout de même profiter de la fraîcheur d'un bain de pieds voir plus, pouvaient aisément entrer dans l'eau avec leur tenue du moment, sans avoir à craindre les récriminations du voisinage, ni même des autorités.

Quand la « solution burkini » devient le « problème burkini »

Si le burkini apparait comme la solution miracle pour la nouvelle génération et sa consommation nouvelle de sports et de jeux nautiques, d'hôtels avec piscine, et de plages ensoleillées dans des destinations prisées, répondant idéalement aux contraintes vestimentaires induites par leur pratique religieuse, c'est l'environnement qui pose désormais problème. Etrangement, en Occident, la pudeur dérange. Qu'elle dérange certains hommes peut se comprendre, tant les pulsions hormonales sont un combat quotidien pour beaucoup d'entre eux. De ce point de vue, le bikini ou le monokini sont, certes, beaucoup plus tendance. Mais les voix les plus virulentes et les plus promptes à s'élever contre le port du burkini sont celles des femmes, totalement aveuglées par un féminisme éculé qui n'a fait que faciliter l'avènement de la femme objet depuis 40 ans.   

L'inversion des valeurs est totale : des femmes dénudées qui montrent du doigt des femmes habillées décemment, par choix et respect de leurs convictions. 100 ans en arrière, c'est exactement le contraire qui se serait passé, et la marée chaussée aurait sommé ces femmes en sous-vêtements d'adopter sur le champ une tenue plus décente ou de quitter les lieux pour ne pas importuner leurs voisins de plage et préserver les yeux innocents des enfants. Eloge de la modernité et du "progrès"... 

Pour autant, ces voix qu'on entend régulièrement résonner sur tous les sujets touchant à la condition de la femme musulmane, réduite à l'état d'objet contrôlé par son mari, son père et/ou ses frères, en totale négation de sa capacité à défendre et imposer ses choix de vie, [alors même que certaines de nos sœurs se couvrent contre l'avis de leur famille], portent-elles autant que les médias, qui ne relaient comme à leur habitude qu'un seul point de vue, le laissent à penser ? Comme souvent, beaucoup de bruits est fait depuis les sièges parisiens des grands médias sur des positions minoritaires qui ne reflètent qu'assez peu une réalité de terrain bien plus contrastée.

La polémique burkini : Tempête dans un verre d’eau de Zam-Zam

La levée de boucliers de l’été 2016, régulièrement alimentée par de nouveaux arrêtés municipaux interdisant le port du burkini sur les plages tout au long de l’été, ne fût qu’un feu de paille, comme le monde politico-médiatique en déclenche régulièrement à l’approche des grandes échéances électorales. C’est l’occasion pour un certain nombre de démagogues de se faire de la publicité à moindre frais. Quoi de mieux en effet que de se poser en chevalier blanc de la laïcité, pour donner des gages à son électorat. Saupoudré d’un soupçon de  grand remplacement et d’une pincée d’oppression féminine, le tout savamment cuisiné par des médias toujours prompt à alimenter la division, le cocktail est idéal. C’est ainsi que la presque totalité des personnalités politique de premier plan s’est engouffré dans la brèche pour dénoncer le port du burkini et soutenir son interdiction.

Pour autant, sur le terrain, ce n’est pas à un mouvement de masse que nous avons assisté. Les quelques élus zélés qui ont surfé sur la vague ne doivent pas masquer l’attitude digne d’une grande majorité qui ne s’est pas exprimée sur le sujet et à laissé les vacanciers libres de leur choix de maillot de bain, marquant bien l’absence de consensus sur le sujet de l’interdiction du burkini. Le Conseil d’Etat s’est chargé des autres, en rendant caduque, par sa décision du 26 août 2016, l’arrêté municipal d’interdiction pris par la commune de Villeneuve Loubet, et par extension l’ensemble des arrêtés similaires au motif qu’ »aucun élément produit devant lui ne permet de retenir que les risques de trouble à l’ordre public aient résulté de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. Dans ces conditions, le maire ne pouvait, sans excéder ses pouvoirs de police, édicter des dispositions qui interdisent l’accès à la plage et à la baignade alors qu’elles ne reposent ni sur des risques avérés de trouble à l’ordre public, ni, par ailleurs, sur de motifs d’hygiène et de décence. » 

La police oblige une femme à enlever son burkini sur un eplage de Nice

Presque 3 ans après, une fois la vindicte médiatique passée, ce contraste est encore plus flagrant, avec des soutiens naissants et de plus en plus nombreux qui tendent à remettre les choses à leur juste place : le burkini n’est pas une arme politique de conversion forcée des masses mécréantes, mais simplement la réponse vestimentaire adéquate à  des situations individuelles, qui relève de la liberté de chacun de s’habiller comme il l’entend.

Le burkini est bel et bien légal

En France, la loi sur le voile intégral n’étant pas applicable au burkini, qui ne couvre pas le visage, les établissements privés sont libres d’autoriser ou pas le port du maillot de bain pour femmes voilées. Ainsi, la chaine de villages de tourisme Pierre & Vacances a tranché dès 2015 en faveur du burkini en l’autorisant explicitement dans les piscines des Sun Parks, situés en Belgique et des Center Parcs, en France.

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L’intérêt était double : solutionner les problèmes d’hygiène posés par une clientèle musulmane qui se baignait en pantalon, possiblement portés à l’extérieur et pas spécifiquement conçus pour la baignade, et bénéficier des retombées marketing d’une telle prise de position en devenant une entreprise musulmans-friendly et donc une destination privilégiée par une communauté musulmane forte de près de 800 000 personnes en Belgique et de 6 millions de personnes en France. Un marché devenu difficile à ignorer qui explique également la retenue d’une grande majorité d’élus locaux qui connaissent le poids électoral parfois considérable de leurs administrés musulmans, de plus en plus organisés et n’hésitant pas à donner des consignes de vote en fonction des engagements pris par les candidats, notamment sur la question des lieux de culte et des cantines scolaires. A tel point que certaines communes se penchent sur la problématique de l’accès aux piscines municipales des femmes voilées, sujet insoluble depuis 20 ans si l’on excepte quelques rares initiatives locales instaurant des créneaux horaires réservés aux femmes. C’est ainsi que Rennes, ville de plus de 200 000 habitants, a autorisé le 25 juin 2018 le port du burkini dans ses piscines municipales. Une victoire en forme d’exemple à suivre qui en appelle d’autres.

3 ans après, la tempête dans un verre d’eau est donc bien loin et le port du burkini ne semble plus devoir être remis en question. L’achat d’un burkini devient un argument de poids, afin qu’il ne soit plus possible, pour les éternels antis, d’utiliser l’argument de la baignade habillée et de l’hygiène pour empêcher la baignade des femmes voilées soucieuses de la préservation de leur pudeur. Toutes en burkini !  

 

 


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